J’ai choisi quatre photographies « cinématographiques » pour mon dossier d’analyse d’image. La première fait partie de la série « Disney Dream Portrait » d’Annie Leibovitz, les suivantes sont de William Eggleston, Matthew Shave et du studio Staudinger+Franke.

Dans mes premiers articles je vous passerais l’analyse quant à « l’objet » en lui-même qui constitue une comparaison entre les différentes images que je vais vous présenter. De même, comme je vous propose en téléchargement le document en lui même, j’épurerais les articles 😉 Et sinon, pour les flemmards ou les curieux, vous pouvez aussi directement sauter à la conclusion ou télécharger la version PDF.

L’image que j’ai choisie d’étudier fait partie de la série Disney Dream Portraits de la photographe américaine Annie Leibovitz. Il s’agit d’une photographie numérique couleur, au format horizontal rectangulaire. Elle représente Olivia Wilde et Alec Baldwin, incarnant respectivement la Reine Grimhilde et le miroir Magique du dessin animé de Walt Disney Blanche Neige et les sept Nains.

Petite biographie

Anna Lou (Annie) Leibovitz est une photographe américaine spécialisée dans les portraits de célébrités. Elle insiste sur leur glamour avant tout, et les met régulièrement en scène. Leibovitz travaille principalement pour des travaux de commande de la part de magazine comme Rolling Stone, Vanity Fair, ou VogueSes images sont souvent très travaillées tant au moment de la prise de vue, qu’en post-production. Ses cadrages sont généralement assez classiques et les mises en scènes théâtrales etcinématographiquesLa série Disney Dream Portraits personnifie les personnages classiques des dessins animés Disney, à l’aide de célébrités, son but étant de nous sortir de notre ordinaire pour nous emmener vers un monde extraordinaire.

Analyse

Description visuelle

Annie Leibovitz dans cette image représente deux personnages, la Reine Grimhilde et le Miroir magique, c’est-à-dire les méchants du conte Blanche Neige.

Annie Leibovitz, Disney Dream Portraits, Wilde & Baldwin
FAMED IS THY BEAUTY (Annie Leibovitz/Disney Parks)

Au fond, contre le mur, il y a un drapé bleu et doré, symbolisant la souveraineté. Sur les murs également, des lanternes et à l’avant plan un chaudron produisant de la fumée bleue. Le costume de la Reine est vraiment mis en avant dans cette image, c’est à partir de là que l’on reconnait le dessin animé de Walt Disney: la robe est en velours bleu foncé avec des manches longues, et un col blanc remontant très haut. La Reine porte une couronne dorée et une grande cape en velours également (bleu pour la surface extérieur et rouge pour la partie intérieur), qu’elle attache autour de son cou par un gros médaillon doré. Cette tenue parait lourde, mais la Reine les manipule avec facilité, évoquant la force et le pouvoir de ce personnage. La Reine parait également grande, avec un visage très beau.

Le miroir magique, faisant apparaitre un visage à la fois soumis et maléfique, est surement en train de parler à la reine, qui lui tourne le dos. Elle regarde derrière nous, vers l’obscurité, le visage haut, sans sourire et parait déterminée.

Composition et réalisation technique

La photographie est réalisée en très légère contre plongée, et en plan large rendant la posture de la Reine plus importante et la situant dans un contexte et un décor. Comme dis en introduction, le cadrage est en effet particulièrement classique, se basant sur la règle des tiers : le miroir se situe sur le point de force supérieur gauche, et le visage de la reine est sur une ligne de force.

Annie Leibovitz, Disney Dream Portraits, Wilde & Baldwin, Les formes
Études des formes, masses et mouvements

On distingue deux formes principales dans cette image, un triangle formé par la reine dont le sommet est son visage, et un ovale correspondant au miroir. Il existe aussi un mouvement tournant autour de la Reine et créé par les courbes de l’architecture de son château notamment les escaliers, et l’estrade sur laquelle elle se trouve.

Annie Leibovitz simule une grande profondeur dans son image avec la peinture de paysage à travers la fenêtre et une profondeur de champs importante (tout est net). Nous pouvons ainsi distinguer trois plans : celui de la Reine et du Miroir où se situe l’action, puis l’escalier (montant), et enfin le paysage au loin. Malgré cet escalier et l’ouverture sur l’extérieur (plutôt petite), l’espace est clos, renfermé. Le seul espace d’air est la fenêtre. De plus, l’image est refermée sur elle-même de chaque côté soit par un pilier à gauche soit par l’obscurité (où regarde la Reine) à droite.

La lumière et les couleurs

Annie Leibovitz, Disney Dream Portraits, Wilde & Baldwin
Étude de la lumière

La lumière provient essentiellement du miroir Magique et des lanternes (feu). Le visage de la Reine (de 3/4 de dos par rapport au miroir) est tout de même très éclairé, et d’une lumière blanche. Connaissant les photographies des coulisses, la lumière de son visage provient en réalité d’un parapluie softé de ¾ haut et face, situé entre elle et le miroir. L’environnement lui est plutôt sombre, rappelant le début de la nuit (liée à l’histoire racontée). Le visage d’Alec Baldwin, dans le miroir lui, sort de l’obscurité. Seulement une petite surface de son visage est éclairée et de surcroit par une lumière particulièrement dure et de face, qui renforce les ombres.

Annie Leibovitz, Disney Dream Portraits, Wilde & Baldwin, les couleurs
Étude des couleurs principales

La nuit et les lanternes imposent donc des teintes bleu et orangé, rappelant la couleur de la robe et de la cape de la Reine. Le rouge (signifiant souvent les méchants dans les dessins animés) se trouve en plein centre de l’image, entourant Olivia Wilde, et la faisant avancer visuellement dans l’image alors que le bleu se retrouve aux extrémités, et simule la froideur de la Reine et du château. Les couleurs sont donc plutôt intenses, et symboliques (même si réalistes). Ces couleurs créent une ambiance cinématographique, rappelant à la fois les couleurs vives d’un dessin animé et l’environnement d’un méchant de Walt Disney.

L’approche, le but

Cette série d’image a été commandé par la Walt Disney Company afin de promouvoir ses parcs d’attractions. Annie Leibovitz cible donc plutôt les enfants, ou les grands enfants, qui regardent ces dessins animés remplis de magie, afin de les inciter à venir au parc, découvrir un univers enchanté.

De plus, une légende est apposée sur les images ventant les mérites des parcs, avec une phrase liant le conte et le rêve. Ici la légende était « Where Magic Speaks, Even When You are not the Fairest of them All », en rapport avec la question que pose la Reine «Mirroir, miroir, dis moi qui est la plus belle ? ». Parmi les autres légendes on trouve également «Where you never have to grow up » pour Peter Pan par exemple.

Le but de la photographe est donc de raconter une histoire, afin de séduire de potentiels clients pour la Walt Disney Company. Elle ne représente pas seulement un conte, mais un lieu entier à visiter. La possibilité pour nous, d’entrer dans l’univers magique des contes, des dessins animés Disney. Et même si la scène n’est pas réelle, qu’elle est mise en scène, l’ambiance fantastique et cinématographique crée un rêve pour les fans.


Annie Leibovitz à sorti, pour Noël dernier, à la fois un livre et une masterclass. Je viens d’entamer cette Masterclass mais n’ai fait que feuilleter son livre « Portraits 2005-2016 » publié chez Phaidon. L’impression m’a paru particulièrement bonne mais ne contenait pas vraiment ce qui m’intéressait. A savoir du texte, du vécut, ou la philosophie photographique de Leibovitz… On m’a donc redirigé plutôt vers ses livres « At Work » et « A photographer’s life ». Je vous en parlerais surement un jour 😉

 

La suite de ce dossier juste par ici

1 pensée à propos de “ Annie Leibovitz pour le dossier d’analyse d’image (2/4) ”

  1. Très intéressant, merci pour cette étude !
    ( « orange et bleu » pour faire la nuit … mouais … on a connu plus original, non ? 😉 )

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *