Il y a quelques jours, on m’a dit qu’il y avait vraiment « deux camps » concernant le flashmètre… J’ai donc imaginé tout de suite un combat digne des plus grands Apple VS Microsoft et Canon VS Nikon, le tout dans la boue en lingerie fine, parce que sinon, c’est pas drôle.

Il y aurait donc deux camps concernant le flashmètre. Selon mes sources (les forums obscurs ayant pour vocation principale l’auto excitation sur le dernier objectif Sony), il y aurait ceux qui le trouvent indispensable, et ceux qui jugent que c’est une invention totalement inutile, digne des tongs à semelles inversées et du rocher de compagnie.

Donc ceux qui savent s’en servir et les autres.

Mais comme partager mes connaissances afin que chacun puisse s’en servir au moment opportun me fait réellement plaisir, je vais vous expliquer pourquoi, comment et à quel moment le flashmètre est utile (voir une invention formidable qui mériterait des explosions de paillettes). Ainsi, vous saurez si l’outil convient à votre pratique de la photographie ou non et vous éviterez d’avoir l’air d’un gros tas sur les réseaux. Ce serait dommage.

SOMMAIRE
→ Qu’est-ce qu’un flashmètre ?
→ Comment fonctionne un flashmètre ?
→ Paramétrer son flashmètre
→ D’où vient la valeur indiquée par le flashmètre ?
→ Dans quels cas utiliser un flashmètre (conclusion) ?

Qu’est-ce qu’un flashmètre ?

Premier point fondamental : s’ils sont aujourd’hui souvent couplés dans le même dispositif, un flashmètre et un posemètre sont bien deux outils différents. Le posemètre mesure la lumière ambiante et continue (soleil, HMI, LED, néons, etc…) tandis que le flashmètre mesure la lumière…flash.

Deuxième point : le flashmètre ne sert PAS à vous indiquer les réglages à effectuer sur votre boitier. Le flashmètre mesure la lumière. C’est tout. Le reste doit se faire entre vos deux oreilles.

Une fois cette petite mise au point effectuée, entrons dans le vif du sujet.

Comment fonctionne un flashmètre ?

L’outil est souvent très facile à utiliser : un ou deux boutons sur lesquels appuyer et le tour est joué. Il s’agit ni plus ni moins d’une cellule qui mesure l’intensité de lumière et la traduit dans une valeur compréhensible aux photographes. Un peu comme un thermomètre. C’est la lecture de cette information qui s’avèrera finalement un peu plus complexe.

Schématiquement, voici comment utiliser votre flashmètre :

  1. Vous positionnez votre source de lumière par rapport à votre sujet
  2. Vous paramétrez votre flashmètre
  3. Vous déclenchez la mesure, le flashmètre vous indique une valeur, souvent en diaph
  4. Vous ajustez la puissance ou la position de votre source jusqu’à obtenir la valeur de diaph que vous souhaitez utiliser.

Par exemple, je veux faire un portrait serré de type beauté. Je souhaite que tout le visage, du nez aux oreilles soit net. Je travaille en studio, avec un unique flash face au modèle qui pose pour moi. Je vais donc paramétrer mon boitier comme suit :

  • Vitesse : 1/160e (vitesse maximale du boitier au flash, permettant d’éviter que la lumière naturelle parasite mon éclairage artificiel construit volontairement)
  • Sensibilité : 100 ISO (valeur minimale permise par mon boitier)
  • Ouverture : f/16 (suffisamment fermé pour être net, sans voir apparaitre trop de défauts optiques)

Je positionne mon flash à 2m de mon modèle et l’allume à une valeur moyenne (étape 1). Je prends mon flashmètre et lui fixe les valeurs de vitesse et sensibilité (étape 2). J’effectue ma mesure (étape 3) et le flashmètre affiche 8.

Comme je cherche à obtenir un éclairage suffisant pour photographier à f/16 et que cette torche est la seule que j’utilise, il va falloir adapter la position et/ou la puissance de ma torche (étape 4). Ici par exemple, puisque la dureté de mes ombres et le contraste me conviennent, je peux simplement doubler la puissance de ma torche. Mais j’aurais aussi pu choisir de la rapprocher (voir pour cela la loi du carré inverse), modifiant ainsi la qualité de la lumière en plus de la quantité.

aperçu de l'ebook le shooting beauté de A à Z

Si vous ne savez pas précisément de quoi je parle quand j’évoque qualité et quantité de lumière, je vous invite à télécharger l’e-book gratuit que j’ai sorti à la rentrée qui vous expliquera ces points en détail : le shooting beauté de A à Z.

S’il m’est impossible de déplacer la torche ou d’augmenter sa puissance, je peux encore augmenter la sensibilité de mon boitier ou ajouter une seconde torche. Que de solutions !

Paramétrer son flashmètre

Sensibilité et vitesse

Dans mon exemple, j’ai fixé ces deux paramètres de manière sur des valeurs précises. Pourquoi ?

En studio et au flash, il est fort probable que vous travaillerez avec une sensibilité et une vitesse fixées d’avance : vous utiliserez majoritairement la sensibilité native (50, 100 ou 200 ISO selon les marques) et la vitesse de synchro flash de votre boitier (entre 1/125e et 1/160e de seconde selon les appareils). Utiliser la sensibilité native évitera l’interpolation numérique de votre image qui pourrait générer du bruit plus ou moins prononcé. Si on peut s’en passer, c’est mieux ! De même, la vitesse de synchronisation flash est la vitesse maximale à laquelle votre boitier peut prendre une photo éclairée au flash sans qu’une bande noire ne vienne barrer l’image. Ces éléments sont différents selon les marques et les boitiers, aussi référez-vous au manuel de ce dernier.

Après avoir défini vitesse et sensibilité, il ne vous reste donc plus que l’ouverture à fixer selon le rendu que vous souhaitez obtenir. Le flashmètre vous aidera à atteindre cette valeur de manière extrêmement précise.

⚠ Je me répète mais le flashmètre ne sert en aucun cas à vous donner les réglages à effectuer sur votre boitier. C’est à vous de les définir en amont selon les images que vous souhaitez obtenir. Le flashmètre n’est qu’un outil d’aide à la mise en place de votre setup lumière. Il ne doit pas remplacer votre cerveau.

Lumière réfléchie ou lumière incidente ?

La plupart des flashmètres disposent de deux types de mesure de la lumière : réfléchie (le rayon rebondit sur le sujet et atteint la cellule) et incidente (le rayon atteint directement la cellule). La mesure réfléchie est similaire à la mesure effectuée par la cellule de nos boitiers. La lumière incidente en revanche, n’est pas mesurable par ces derniers et c’est là précisément que se situe l’utilité du flashmètre.

  • Pour effectuer une mesure en lumière réfléchie, vous positionnez votre flashmètre au niveau de l’appareil en le dirigeant vers le sujet. Cette mesure convient aux sujets éloignés ou générateurs de lumière (enseignes néon), aux surfaces très réflectives ou transparentes, où pour mesurer une très large surface.
mesure en lumière réfléchie, schéma par Sekonic
mesure de la lumière réfléchie, par Sekonic
  • Pour effectuer une mesure en lumière incidente, vous positionnez votre flashmètre au niveau de la zone du sujet que vous souhaitez mesurer, en le dirigeant vers la source de lumière ou le boitier selon si vous mesurez une source particulière ou l’ensemble des sources. C’est cette mesure qui vous permettra de positionner et régler vos éclairages aux petits oignons !
mesure en lumière incidente, schéma par Sekonic
mesure de la lumière incidente, par Sekonic

Travailler en lumière incidente vous permettra notamment d’installer des sets lumières à plusieurs torches confortablement. Si nous reprenons notre exemple précédent : un portrait serré de type beauté, tout le visage net, du nez aux oreilles, et un flash face au modèle pour mettre en valeur le maquillage.

Nous avons réglé cette torche principale à une valeur de 16 sur le visage, en dirigeant le flashmètre positionné au niveau du nez vers cette dernière. Maintenant, j’aimerais de légers reflets sur ses cheveux : je vais positionner une seconde torche au-dessus du modèle, et cette fois-ci la puissance doit être bien plus faible, disons à la moitié de la torche principale. Utilisons notre flashmètre, mesurons l’intensité lumineuse spécifique de cette torche en dirigeant la cellule vers cette dernière et adaptons sa puissance selon la valeur indiquée.

La lumière réfléchie ne nous aurait donné qu’une valeur globale sur l’ensemble du cadre, et non pas spécifiquement sur la zone des cheveux que nous voulions définir.

Troisième exemple. Nous gardons toujours deux torches : la première va venir dessiner une forme sur le visage, par exemple, un cœur autour de l’œil. Il s’agira de notre torche principale, que nous allons définir à f/16 par exemple. Le reste du visage se retrouve alors totalement dans la pénombre, et l’image devient par conséquent beaucoup trop contrastée. Nous utilisons donc notre deuxième torche en « fill » : elle va venir éclairer subtilement les ombres afin d’avoir du détail sur le visage sans pour autant aplatir notre éclairage ou masquer le dessin. Il va donc nous falloir être subtiles, et bien doser et placer notre source secondaire. Le flashmètre va là encore nous aider par la précision de sa mesure en lumière incidente afin de caler spécifiquement les ombres tout en vérifiant que les hautes lumières ne sont pas (trop) touchées. Notre dessin doit toujours se situer à F/16, et nos ombres à f/4 par exemple.

Quatrième et dernier exemple pour finir de vous convaincre : plaçons-nous cette fois dans le cadre d’un shooting mode, avec un plan large, type lookbook. Le flashmètre vous permettra d’atteindre une réelle uniformité du fond, particulièrement si celui si doit être blanc sans être complètement éclaté. En mesurant différentes zones du fond avec le flashmètre en mesure incidente, vous pourrez contrôler l’uniformité de votre éclairage en évitant la surexposition et le vignettage. Ou contraire, jouer justement sur le contraste du vignettage. Je parle de fond blanc, mais c’est peut-être encore plus le cas avec les fonds colorés qui peuvent prendre différentes teintes selon leur éclairement. Avec un flashmètre (et une charte couleur), vous pourrez assurer l’homogénéité de votre série photo sur le long terme.

Pratique le flashmètre non ?

D’où vient la valeur indiquée par le flashmètre ?

Le flashmètre effectue une mesure, et vous affiche une valeur. Cette valeur est à comprendre comme une indication afin d’obtenir une exposition « juste », de la même manière que ce que fait la cellule interne de votre boitier.

Cette exposition juste a été fixé à un gris neutre 18%. C’est pour ça, entre autres, que votre boitier se vautre sur les photos de neige, en vous indiquant de sous-exposer votre image.

Il s’agit donc bien d’une indication. Vous pouvez très bien choisir de régler vos flashs à une valeur de diaph différente de celle que vous allez finalement utiliser sur votre boitier (voir l’exemple de deux torches un peu plus haut).

Dans quels cas utiliser un flashmètre ?

Voici plusieurs éléments qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille concernant les situations où vous pourriez avoir besoin d’un flashmètre :

  • Vous utilisez des flashs

Voila. Si vous utilisez des flashs, un flashmètre vous sera très utile. Ne me dites pas merci, vous en faites pas, c’était cadeau.

Sinon, pour être sérieuse, voici différents points qui – pour moi – rendent le flashmètre quasiment indispensable :

  • Vous aimez ou avez besoin de précision et de rigueur (photographie publicitaire, par exemple)
  • Vous aurez besoin de reproduire le setup lumière plus tard, et qu’il soit réellement identique sur toutes les images
  • Vous devez caler votre lumière avant que le photographe officiel (si vous êtes assistant) ou le modèle arrive sur le set, par exemple dans le cas d’un maquillage spécifique qui risque de couler, d’un objet qui fond rapidement, ou d’un mannequin qui n’est engagé que sur un laps de temps très court.
  • Vous voulez avoir l’air d’un professionnel qui sait ce qu’il fait (il est ultra ultra important face à des clients d’assoir ses compétences et de démontrer son expertise, et avec un flashmètre c’est facile)
  • Vous vous devez d’être efficace (très peu de temps ou équipe peu patiente, par exemple pour du portrait éditorial)
  • Vous utilisez plusieurs sources de lumière (plusieurs flash, mix flash et lumière continue, etc)
  • Vous avez besoin ou envie de maîtriser le fall-off de votre éclairage, d’en contrôler le contraste ou les éventuelles « bavures » (torche principale qui éclaire le fond, torche du fond qui fait un retour sur le modèle, etc)
  • Vous travaillez en série ou avec des sujets dont la réflectance est radicalement différente (par exemple plusieurs carnations). A ce sujet vous pouvez consulter l’article détaillé de Sekonic (en anglais).

Alors, oui, il est possible de réaliser la plupart de ces tâches sans flashmètre, mais ce sera au détriment de votre temps, de la patience de votre équipe, de la précision de vos images ou de l’homogénéité de votre série. Et croire que l’œil est une source d’information fiable concernant la lumière, c’est donner un peu trop d’importance à ses propres compétences. Qu’on soit bien d’accord, ce n’est pas votre expertise qui est en jeu ici, mais bien les capacités humaines. De même, juste savoir réaliser une mesure avec un flashmètre ne vous permettra pas de faire de bonnes photos. C’est un ingrédient, un outil, qu’il est important de connaître pour pouvoir l’utiliser au besoin, et l’adapter à sa propre pratique.

Conclusion

Dans votre apprentissage, vous avez trouvé important de passer au mode manuel à un temps donné, afin de maîtriser votre outil dans certaines situations particulières. Vous vous êtes probablement tourné vers le flash pour les mêmes raisons : maîtriser votre environnement de travail et ne pas être dépendant d’éléments aussi aléatoires que l’ensoleillement. Et bien c’est la même chose pour le flashmètre : une technique comme une autre, à avoir dans sa boite à outils en cas de besoin.

Bien sûr, tous les photographes n’utiliseront pas cet outil, tout comme tous les photographes n’utilisent pas de flash, de réflecteur ou de trépied, simplement parce que cela ne correspond pas à leur pratique et leur processus de création d’images. Toutefois, le flashmètre est très loin d’être totalement inutile comme certains le proclament, même pour tous ces photographes qui ne l’utilisent pas. Mais il suffit de savoir s’en servir pour le comprendre.

Et toi alors, pourquoi utilises-tu (ou pas) le flashmètre ? Qu’est ce que son utilisation t’apporte en positif ou en négatif ?

Posted by:Lauréline Reynaud

Photographe beauté diplômée de l'une des plus grande écoles de photographie Parisienne (Gobelins, l'école de l'image), je considère mon blog et mes réseaux comme un journal. J'y relate mes 5 années d'études et ma professionnalisation : retours d'expériences, conseils et astuces de prise de vue ou de retouche, curation de contenu et inspirations, discussions Business, etc.

2 pensées à propos de “ Alors, utile ou pas le flashmètre ? ”

  1. Bonjour Lauréline.
    Très bel article, j’ai pris plaisir à le lire et partage tout à fait votre vision des choses concernant l’utilisation d’un Flashmètre/Posemètre.
    Du coup j’achète l’ebook sur la qualité et la quantité de lumière, à ne pas confondre.
    Cordialement, marc du Club-Photo-Paca

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